L'histoire du peuple ouïghour
- Juliette Mita

- 9 mars 2021
- 2 min de lecture
Article écrit pour l'association Nous Nous Dévoilons, en partenariat avec l'IODE (Institut Ouïghour d'Europe) : lien vers le site.
Si l’histoire récente des Ouïghours est aujourd’hui tragiquement connue en raison de leur génocide actuel perpétré par le gouvernement chinois, le récit de leur civilisation et de leur culture mérite d’être mis en lumière et mieux connu de tous. Cela sera donc l’objet du présent article.
Peuple autochtone de l’Asie centrale et d’origine turque, les Ouïghours sont musulmans à majorité sunnite. Ils constituent au VIIIème siècle un empire qui s’étend jusqu’à la Chine, avant d’être contraints par des peuples rivaux d’émigrer vers l’Ouest. Les Ouïghours s’établissent alors dans une province du Nord-Ouest chinois actuel, où ils créent un État qui connait une brillante civilisation jusqu’à sa destruction par les Mongols au XIIIème siècle.
Cette région, qui prend l’appellation de Turkestan oriental du côté ouïghour et de Xinjiang (« nouvelle frontière » en mandarin) du côté chinois, est un emplacement géographique stratégique. Elle partage ses frontières avec de nombreux pays voisins dont la Russie, la Mongolie ou encore le Kazakhstan, mais recèle également de nombreuses ressources énergétiques et minières telles que le pétrole, le charbon et l’or. En outre, le Turkestan oriental compte de nombreuses oasis autour du désert du Taklamakan, étape clef de la mythique Route de la Soie. Il fut et demeure par conséquent l’objet de nombreuses convoitises.
En 1884, l’Empire Manchou conquiert et rebaptise alors cette province. Celle-ci retrouve son indépendance à deux reprises au cours du XXème siècle (en 1933 et en 1944) grâce à de nombreux soulèvements de la part des Ouïghours, avant de redevenir une « région autonome » de la république populaire de Chine en 1955. À travers un régime communiste et nationaliste, le gouvernement chinois tente dès lors d’assurer l'unité de son pays et de maintenir son pouvoir sur ce territoire, quitte à avoir recours aux méthodes les plus inhumaines. Aujourd’hui et en raison de l’afflux massif de colons chinois, les Ouïghours représentent seulement 45% de la population de la région, contre 65 à 80% dans les années 1950.
Le motif de cette oppression ? La richesse culturelle et l’identité propre du peuple ouïghour. Fruit d’un important brassage ethnique et au carrefour d’influences multiples, sa tradition se rapproche davantage de celle des pays d’Asie centrale que de la Chine. Par ailleurs, la langue ouïghoure est une langue turcique qui utilise l’alphabet arabe ; elle est parlée par 12 millions de personnes au Turkestan oriental et environ 2 millions parmi la diaspora. On compte en effet aujourd’hui 100 000 Ouïghours en Arabie Saoudite, 50 000 en Turquie et 10 000 en Europe, dont près de 1000 en France.


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